Un environnement privilégié

La chapelle Notre-Dame-de-l'Ile se situe sur une presqu'île formée par une boucle du Lot d'un longueur exceptionnelle de cinq kilomètres. Isolée au milieu des vignes, elle suscite tout à la fois curiosité et apaisement. Au XIVème siècle, la chapelle se dressait sur une véritable île, d'où son nom. Un bras du Lot, appelé l'Eylo, l'isolait alors du reste de la boucle. Ce bras n'existait plus à la fin du XVIIème siècle.

Légendes et réalités sur l'origine de l'édifice



Selon la légende, plusieurs apparitions de la Vierge ont déterminé l'emplacement de cette chapelle. Après avoir descendu les flancs de la colline, la Vierge a dénoué son tablier pour l'étaler sur l'eau, a traversé ainsi le fleuve et rejoint l'extrémité de la presqu'île. A cet emplacement, les habitants de Luzech, témoins de ce miracle, ont construit une chapelle.

Une autre tradition complète cette légende. Suite à la destruction du premier édifice, une statue de la Vierge, profondément vénérée, est nichée dans le tronc d'un noyer. Plusieurs fois déposée dans l'Eglise Saint-Pierre de Luzech, elle réapparaît miraculeusement dans l'île. Un marinier reconstruit alors un nouveau sanctuaire pour remercier la Vierge de sa protection. Ces légendes de fondation de chapelles vouées aux Vierges miraculeuses se retrouvent dans toute l'Europe. Les Vierges, en apparaissant systématiquement au même endroit, choisissent l'emplacement de leur dévotion.

Notre-Dame-de-l'île compte aussi parmi les nombreux sanctuaires dédiés à la Vierge construits le long du Lot et vénérés par les mariniers. Jusqu'en 1840, date de la construction d'un canal permettant de franchir l'isthme de Luzech, les rochers à fleur d'eau et les courants violents mettaient en péril les équipages et leur cargaison. Ce passage dangereux explique la dévotion. Historiquement, l'origine de l'édifice reste obscure. Le site a dû être propice aux rites religieux et on trouve un sanctuaire attesté en 1285.


L'évolution de l'édifice


Après la guerre de Cent Ans, de nombreuses paroisses du diocèse de Cahors sont sinistrées. Le renouveau économique de la deuxième moitié du XVème siècle et la personnalité de l'évèque de Cahors, Antoine de Luzech, contribuent à la reprise des travaux sur les édifices religieux. En 1504, ce prélat bâtisseur fait raser l'ancien édifice. Le nouvel oratoire comprend alors une abside à cinq pans, prolongée par une nef d'une seule travée. Cet oratoire constitue le choeur de la chapelle actuelle. La porte est surmontée d'un écusson soutenu par deux anges présentant les armes de l'évêque: deux croissants d'argent et deux griffons d'azur.

Parfaitement lisibles, ces armes se retrouvent sur la clef de voûte du choeur. La seconde date marquante dans l'histoire de l'édifice est 1840. La chapelle, trop petite pour la foule des pélerins, est alors agrandie. Après destruction de l'ancienne façade, la nef est prolongée par deux nouvelles travées.

L'ancienne porte récupérée est intégrée dans la nouvelle façade. La nef actuelle est flanquée de deux bas-côtés, adaptés à la circulation des pélerins.



Lieu de dévotions et de pélerinages



Notre-Dame-de-l'île, Notre-Dame de la Plaine, des pélerins, des Navigateurs, des Vignerons... Ces multiples appellations témoignent des différents aspects du culte rendu à la Vierge. Dès 1285, la chapelle est présentée comme le siège d'une confrérie, association pieuse de laïcs. D'autres seront fondées jusqu'au XXème siècle. Notre-Dame-de-l'île est d'abord et surtout une chapelle de pélerinage.

Celui-ci connaît son apogée entre 1840 et 1930. Chaque année, le pélerinage se déroule durant une semaine de Septembre. Il rassemblait jusqu'à 6000 personnes en 1851. Croix de procession en tête et bannières déployées, de nombreuses paroisses du canton se rendaient à la chapelle. Les bannières qui ornent les murs de la chapelle furent offertes à la fin du XIXème siècle. De chaque côté du chemin qui mène au sanctuaire étaient installés de nombreux stands de sucreries et des auberges improvisées. Ils disparaissent au milieu du XXème siècle. Bien que le contexte ait changé, le pélerinage existe encore.



Ex-voto et graffiti


Des ex-voto, brassards de communion, couronnes de mariage, plaques de marbre recouvrent les murs de la chapelle et sont autant de marques de reconnaissances à la Vierge. Innombrables mais aussi plus discrets, des graffitis forment une tapisserie étrange. Ils témoignent des prières et des demandes de protection adressées à la Vierge. Toutes ces expressions de ferveur datent de la fin du XIXème et du XXème siècle. Deux ex-voto rares, une gabarre et un bateau de haute mer, sont actuellement accrochés à la voûte de la chapelle. Fabriquée à la fin du XIXème siècle, la gabarre, bateau à fond plat, correspond au modèle traditionnel des bateaux naviguant sur le Lot avant 1850. Les marchandises transportées sur la rivière étaient acheminées vers Bordeaux, puis vers l'Angleterre et l'Europe du Nord.

Ce trafic explique la présence à priori surprenante de la maquette du navire de mer, datant également de la fin du XIXème siècle. Ces maquettes constituent un document technologique et historique exceptionnel en Quercy

Joomla SEF URLs by Artio